Années de plomb Belgique · 1979-1985

Chapitre 03 · Terrorisme revendiqué

Les Cellules Communistes Combattantes

Quatorze mois de « propagande armée », vingt et un attentats, deux pompiers morts — et quatre condamnations à perpétuité.

Chapitre 03Lecture ≈ 8 minStatut : jugé

Les Cellules Communistes Combattantes sont l’exact négatif des tueurs du Brabant : un groupe qui revendique, qui explique, qui avertit avant de faire sauter ses bombes — et qui est arrêté, jugé et condamné en moins de trois ans.

D’où viennent les CCC

Le groupe se revendique du marxisme-léninisme et de la « guérilla urbaine ». Son fondateur, Pierre Carette (né le 21 septembre 1952 à Charleroi), avait créé dès 1976 un comité de soutien aux prisonniers de la Fraction armée rouge. La filiation intellectuelle passe par la revue Subversion, fondée à Paris en 1982 avec des marxistes-léninistes français dont Frédéric Oriach, puis par le collectif Ligne Rouge (1983), matrice directe des CCC.

Les Brigades rouges italiennes servent de référence explicite. Le groupe est minuscule — un noyau de quatre personnes — et n’a jamais disposé d’une base militante réelle.

Quatorze mois, trois campagnes

Principaux attentats revendiqués par les CCC
DateCiblePortée
Firme américaine Litton, Everepremier attentat du groupe
Oléoducs de l’OTAN (CEPS)six bombes simultanées
Centre de l’OTAN, Woluwe-Saint-Étiennevoiture piégée
Fédération des entreprises de Belgique, rue des Sols2 pompiers tués, 3 blessés
BBL, Société Générale de Banque, Kredietbank, Fabrimetal, Intercomcibles bancaires et patronales
Pipeline OTAN, Wortegem-Petegemdernière action
Établi

L’attaque simultanée de six points du Central European Pipeline System le 11 décembre 1984 supposait l’accès à des informations sensibles sur le tracé et les vannes. C’est le fait technique qui a le plus intrigué les enquêteurs, et qui alimente encore les hypothèses sur d’éventuelles complicités.

Le 1er mai 1985 : la rupture

Une camionnette piégée explose rue des Sols, à l’angle de l’impasse Ravenstein, devant le siège de la Fédération des entreprises de Belgique. Deux pompiers bruxellois, Marcel Bergen et Jacques Vanmarcke, sont tués ; trois autres sont blessés.

Les CCC affirment avoir averti et accusent la gendarmerie d’avoir mal transmis l’alerte. L’argument ne prend pas : le groupe perd d’un seul coup le capital de sympathie dont il bénéficiait dans une partie de l’extrême gauche. La doctrine du groupe — frapper les biens, pas les personnes — s’effondre sur deux cercueils de pompiers.

Arrestation, procès, sorties

Le 16 décembre 1985, Pierre Carette, Bertrand Sassoye, Didier Chevolet et Pascale Vandegeerde sont arrêtés dans un fast-food à Namur. Le 21 octobre 1988, la cour d’assises du Brabant les condamne aux travaux forcés à perpétuité, reconnus coupables de 21 attentats commis sur le territoire belge, ayant fait deux morts et un blessé.

Didier Chevolet, repenti, sort en 2000, comme Pascale Vandegeerde (4 février 2000) et Bertrand Sassoye (10 juillet 2000). Pierre Carette est libéré le 25 février 2003.

Ce que les CCC prouvent — et ce qu’elles ne prouvent pas

Établi

Quand un groupe armé belge agit avec une logique politique, il est identifié, arrêté et condamné en quatorze mois. C’est le seul volet des années de plomb belges qui soit judiciairement clos.

Contesté

Le fait que les CCC agissent exactement pendant la période la plus meurtrière des tueries a nourri l’idée d’une concomitance organisée : d’un côté un terrorisme rouge visible qui justifie le durcissement sécuritaire, de l’autre une violence anonyme qui l’installe. Aucune enquête n’a jamais établi de lien entre les deux séries. La coïncidence temporelle est réelle ; la connexion reste une hypothèse.

Il faut aussi noter une asymétrie souvent oubliée. Les CCC ont fait deux morts, involontairement selon leur défense. Les tueurs du Brabant en ont fait vingt-huit, délibérément. Le premier groupe a occupé l’essentiel de l’appareil antiterroriste de l’époque ; le second n’a jamais été identifié.

La périphérie

Autour des CCC gravitent des structures nettement plus modestes : le Front national de libération wallon (jamais passé à l’acte), les Brigades Julien Lahaut (projet), un Groupe inconnu anarchiste auteur de petits attentats, et le FRAP, éphémère émanation d’Action directe. Aucune n’a eu de portée comparable.