Dossier documentaire · Belgique · 1979-1985
Vingt-huit morts, quarante ans, aucun nom.
Entre 1982 et 1985, un commando tire dans des supermarchés du Brabant et repart avec presque rien. Dans le même temps, un groupe d’extrême gauche fait sauter des pipelines de l’OTAN, une officine néonazie photocopie des télex volés à Evere, et une armée secrète dort sous le renseignement militaire. Ce dossier remet chaque élément à sa place : ce qui est jugé, ce qui est seulement soupçonné, ce qui reste vide.
Index des faits
- Dinant13.03.1982
- Maubeuge14.08.1982
- Wavre30.09.1982
- Beersel23.12.1982
- Hal1983
- Nivelles17.09.1983
- Ohain17.09.1983
- Anderlues01.12.1983
- Braine-l’Alleud27.09.1985
- Overijse27.09.1985
- Alost09.11.1985
Lilas = attaque mortelle
Trois dossiers qu’on ne cesse de confondre
La mémoire collective belge a fondu en un seul récit trois affaires de nature très différente. Les séparer est la première condition pour comprendre quoi que ce soit.
Les tueries
Vingt-huit morts entre mars 1982 et novembre 1985. Aucune revendication, aucun mobile crédible, aucun auteur identifié. Le dossier est aujourd’hui imprescriptible et à l’arrêt.
Les CCC
Vingt et un attentats revendiqués, deux pompiers tués rue des Sols, quatre arrestations en décembre 1985, quatre condamnations à perpétuité en 1988. Le seul volet judiciairement clos.
Gladio et le WNP
L’existence des réseaux stay-behind est prouvée ; celle d’une officine néonazie infiltrée par la Sûreté aussi. Leur participation aux tueries, elle, n’a jamais été démontrée.
Comment lire ce dossier
Chaque affirmation sensible porte l’un de ces trois marqueurs. Ils ne sont pas décoratifs : ils indiquent le régime de preuve.
Établi Contesté Non élucidé
Établi : constaté par une décision de justice définitive, un rapport parlementaire ou une source primaire vérifiable. Contesté : affirmé par des acteurs sérieux mais démenti, non corroboré ou dépendant d’une source fragile. Non élucidé : question ouverte, sans réponse à ce jour.
Parcourir le dossier
Contexte
Pourquoi une expression italienne s’est collée à la Belgique : euromissiles, sidérurgie en ruine, État sans autorité.
Lire02Les tueries du Brabant
Vingt-huit morts, un butin dérisoire, aucune revendication. Le plus grand cold case belge, fait par fait.
Lire03Les CCC
Le seul groupe armé identifié, jugé et condamné : quatorze mois de « propagande armée » et deux pompiers tués.
Lire04Extrême droite et gendarmerie
Westland New Post, Front de la Jeunesse, Groupe G : la nébuleuse qui a concentré les soupçons.
Lire05Gladio et le stay-behind
Ce que la Belgique a réellement découvert en novembre 1990 — et ce qu’elle n’a jamais prouvé.
Lire06Les commissions d’enquête
Trois enquêtes parlementaires, trois constats de défaillance, aucun coupable.
Lire07Chronologie
De la double décision de l’OTAN (1979) au résultat ADN du 30 juillet 2026.
Lire08Héritage
Cools, Agusta, Dutroux, réforme des polices : ce que le plomb a laissé dans les institutions.
LireOù en est-on en août 2026 ?
Le 30 juillet 2026, le parquet fédéral a annoncé que les comparaisons ADN portant sur la « piste française » — les frères Xavier et Thierry Sliman, voyous ardennais décédés, dont trois exhumations avaient été ordonnées le 1er décembre 2025 et réalisées le 27 mai 2026 à Charleville-Mézières — étaient négatives. C’était la dernière piste active.
Nous avons bien reçu les résultats des analyses ADN. Ils sont négatifs.Parquet fédéral belge, 30 juillet 2026
L’affaire ne se refermera jamais juridiquement : la loi du 28 mars 2024 l’a rendue imprescriptible. Mais l’enquête proactive est close depuis juin 2024, et l’espoir d’une résolution judiciaire est aujourd’hui très mince. Le débat se déplace vers l’accès aux archives et la responsabilité de l’État dans les défaillances de l’enquête.
Questions fréquentes
Que désigne l’expression « années de plomb » en Belgique ?
Elle désigne la vague de violence politique et criminelle de la première moitié des années 1980, dominée par les tueries du Brabant (28 morts entre 1982 et 1985) et les attentats des Cellules Communistes Combattantes (2 morts, 1984-1985). Le terme est emprunté à l’italien anni di piombo.
Les tueries du Brabant ont-elles été élucidées ?
Non. Quarante ans après, aucun auteur n’a été identifié ni condamné. Le parquet fédéral a clôturé son enquête proactive en juin 2024 ; la dernière piste rouverte, dite « piste française », a été invalidée par des analyses ADN annoncées négatives le 30 juillet 2026.
Le réseau Gladio est-il responsable des tueries du Brabant ?
Rien ne le démontre. La commission d’enquête du Sénat belge (rapport Erdman-Hasquin, 1991) a confirmé l’existence des réseaux stay-behind belges (STC/Mob et SDRA 8) mais a jugé « guère vraisemblable » leur implication dans des activités criminelles. Le lien reste une hypothèse, popularisée par les déclarations du ministre Guy Coëme en novembre 1990.
Qui a été condamné pour les attentats des CCC ?
Pierre Carette, Bertrand Sassoye, Didier Chevolet et Pascale Vandegeerde, arrêtés le 16 décembre 1985, ont été condamnés aux travaux forcés à perpétuité le 21 octobre 1988 par la cour d’assises du Brabant pour 21 attentats.
Les crimes des tueurs du Brabant sont-ils prescrits ?
Non. Une loi adoptée le 28 mars 2024 a rendu imprescriptibles les crimes d’une gravité extrême au regard du nombre de victimes ou de la terreur suscitée, supprimant l’échéance du 9 novembre 2025.
Avertissement
Ce dossier a été rédigé à partir de rapports parlementaires, de décisions de justice et de travaux universitaires. Il ne prétend ni résoudre l’affaire ni départager les hypothèses : il cartographie ce qui est démontré et ce qui ne l’est pas. La littérature disponible sur ces sujets mélange abondamment les deux — la page Sources détaille la méthode et ses limites.