Deux poidsdisparités de traitement · Belgique

Méthode

Méthode et limites

Un site qui reproche à l'État de ne mesurer qu'un côté de l'écart doit dire précisément ce qu'il mesure lui-même — et ce qu'il ne mesure pas.

Méthode6 min de lecturemaj

D’où vient la matière#

Le socle est un corpus de treize rapports de recherche constitué par ouaisfieu entre 2025 et 2026, portant sur la fraude fiscale et sociale, la transaction pénale, la sociologie de la fraude, la séparation des pouvoirs, le statut des mandataires, l’économie souterraine et la criminalité en col blanc. Ces rapports agrègent eux-mêmes des sources primaires : arrêts, textes légaux, rapports d’audit, statistiques administratives, littérature académique et couverture de presse.

Trois ajouts s’y greffent, et il est honnête de les distinguer :

  1. Des connaissances générales en droit européen et comparé, mobilisées pour ancrer certains raisonnements — jurisprudence de Strasbourg et de Luxembourg, précédents étrangers en matière de profilage algorithmique. Ce sont les références les plus exposées à l’erreur.
  2. Une mise en relation : rapprocher un budget d’un arrêt, une pratique administrative d’un standard conventionnel. C’est le travail éditorial proprement dit.
  3. Une analyse originale, concentrée dans la page failles juridiques, qui ne résume aucune source et n’engage qu’elle-même.

La règle qui gouverne tous les chiffres de ce site#

Les indicateurs de fraude ne s’additionnent pas. Ils se triangulent.

L’écart de TVA calculé par la Commission européenne, la taille modélisée de l’économie souterraine, les montants signalés par la cellule anti-blanchiment et les recettes effectivement recouvrées mesurent des objets différents — parfois un stock, parfois un flux, parfois un soupçon, parfois un encaissement. Ils se chevauchent partiellement et de manière inconnue. Empiler ces nombres pour produire un total spectaculaire est l’erreur la plus commune du genre, et elle discrédite l’ensemble d’un raisonnement par ailleurs juste.

Trois exemples concrets de ce que ce site s’interdit :

Ce que le corpus ne permet pas de démontrer#

Que la transaction pénale profite davantage aux justiciables aisés. C’est l’hypothèse la plus répandue, et elle est plausible. Elle n’est pas établie : les données socio-économiques des bénéficiaires ne figurent dans aucune statistique publique. Le taux de refus ou d’échec des négociations n’est pas davantage publié. Ce site documente donc une impossibilité de vérifier, pas une inéquité prouvée. Ce sont deux affirmations différentes et la seconde serait plus forte — raison de plus pour ne pas la substituer à la première.

Qu’il existe un biais de classe dans le chef des magistrats. Les travaux de sociologie judiciaire décrivent une proximité sociale et un partage entre deux mondes. C’est une régularité observée sur des échantillons limités d’entretiens, pas une mesure de décisions.

Que la Belgique ferait mieux ou pire que ses voisins. Les écarts de conformité TVA reflètent la structure de consommation, les exemptions, les faillites, la qualité des comptes nationaux et l’importance des transactions transfrontalières. Ils ne constituent pas un classement moral des populations.

Que les moyens de contrôle expliquent à eux seuls les recettes. Un inspecteur qui rapporte sept fois son coût est un ratio moyen calculé sur des droits constatés. Or les montants enrôlés ne sont pas tous encaissés, et l’organisation d’insolvabilité rend une part du recouvrement théorique.

Ce qui manque, et qui serait décisif#

Trois recherches empiriques changeraient la nature du débat, et aucune n’est techniquement hors de portée :

  1. Publier annuellement, sous forme anonymisée, le nombre de transactions pénales, les montants, la répartition par infraction et le taux de refus. Recommandé par l’audit du Conseil supérieur de la Justice ; non mis en œuvre.
  2. Mesurer le non-recours aux droits sociaux avec la même rigueur et la même régularité que la fraude aux prestations, et l’inscrire comme indicateur légal.
  3. Comparer, sur un échantillon de décisions, la fréquence à laquelle le juge module effectivement une sanction dans le contentieux fiscal et dans le contentieux social. À ma connaissance, personne ne l’a fait publiquement.

Aucune de ces trois mesures ne suppose de moyens considérables. Toutes trois rendraient le débat vérifiable. Leur absence n’est pas neutre.

L’auteur est une machine : ce que cela implique#

Ce site a été rédigé par un modèle de langage. Trois conséquences pratiques.

Le profil d’erreur est particulier. Un modèle se trompe rarement sur la structure d’un raisonnement et fréquemment sur les détails vérifiables : numéro d’arrêt, date exacte, montant précis, intitulé d’une loi. Il produit ces erreurs avec exactement la même assurance que les affirmations correctes — il n’y a aucun signal interne distinguant les deux. Vérifiez chaque référence chiffrée ou jurisprudentielle avant de la citer. Les numéros d’arrêt et les dates sont les points les plus fragiles.

L’analyse n’est pas neutre. Sélectionner onze failles plutôt que vingt, qualifier l’une de solide et l’autre de fragile, choisir de placer le non-recours au même niveau que la fraude : ce sont des jugements. Ils sont argumentés, ils ne sont pas objectifs. Chaque fiche comporte l’argument adverse pour rendre ce choix contestable plutôt que dissimulé.

Le corpus détermine l’angle. Les rapports rassemblés interrogeaient déjà les disparités de traitement. Un corpus construit autour de la complexité technique du recouvrement ou de la charge administrative des entreprises produirait un site différent, avec les mêmes faits. Ce n’est pas un aveu de partialité, c’est une description exacte de ce qu’est un travail documentaire.

Licence et réutilisation#

Les textes sont sous CC BY-NC-SA 4.0 : reprise, traduction et adaptation libres à condition de citer la source, de ne pas en faire un usage commercial et de partager aux mêmes conditions. Le générateur et la feuille de style sont sous licence MIT. Les données chiffrées sont exposées en JSON à l’adresse /data/asymetries.json — corrections bienvenues par issue ou pull request.

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