Boîte à outils

Situer une affirmation

Cet outil ne dit pas si une affirmation est vraie ou fausse — aucun questionnaire ne le peut. Il fait autre chose, et de plus utile : il vous aide à repérer si un discours a organisé son invulnérabilité à la preuve. C'est ce seuil, et non le contenu, que la recherche identifie comme la ligne de démarcation.

Grille interactive

Dix questions, trois familles de critères

Les trois premières reprennent les critères cumulatifs de Rudy Reichstadt ; les cinq suivantes, les règles de la pensée conspirationniste isolées par Pierre-André Taguieff ; les deux dernières testent la réfutabilité au sens de Popper. Répondez pour l'affirmation que vous examinez.

Avertissement. Un score élevé n'établit pas la fausseté d'une affirmation, et un score bas ne garantit pas sa vérité : le Watergate, Gladio et COINTELPRO auraient obtenu des scores faibles et étaient des complots réels. L'outil mesure la structure argumentative, pas la réalité des faits. Il ne remplace ni la vérification des sources, ni l'expertise du domaine concerné.

Mémo

Six réflexes de vérification

01

Remonter à la source primaire

Une capture d'écran n'est pas une source. Un article qui cite un article qui cite une étude non plus. Chercher l'étude, le rapport, le jugement, la déclaration — et vérifier qu'ils disent bien ce qu'on leur fait dire. L'exemple canonique : Montagnier citant une prépublication indienne déjà rétractée par ses propres auteurs.

02

Chercher le démenti, pas la confirmation

Le biais de confirmation opère en amont de la recherche : on tape la requête qui donnera raison. Inverser la formulation — chercher « X réfuté », « X démenti », « X erreur » — est le geste le moins coûteux et le plus efficace.

03

Vérifier la compétence, pas le titre

Un docteur en physique nucléaire n'est pas compétent en ingénierie des structures ; un virologue nobélisé n'est pas épidémiologiste clinicien. La question n'est pas « est-il diplômé ? » mais « est-il diplômé dans ce champ précis, et publie-t-il dans les revues de ce champ ? »

04

Repérer le millefeuille

Quand un argumentaire empile trente anomalies hétéroclites plutôt que d'en démontrer une seule, il ne cherche pas à convaincre mais à épuiser. Le test : demandez laquelle des trente est la plus solide, et examinez celle-là uniquement.

05

Se demander ce qui prouverait le contraire

C'est la question de Popper, et la plus décisive. Si aucune observation concevable ne pourrait falsifier la thèse — parce que toute preuve contraire sera lue comme une manœuvre des conspirateurs —, on n'est plus devant une hypothèse mais devant un système clos.

06

Suivre l'argent, dans les deux sens

Le réflexe « à qui profite le crime ? » est légitime — mais il doit s'appliquer symétriquement. Wakefield était financé par un cabinet d'avocats en recours collectif et détenait un brevet concurrent ; Vanden Bossche promouvait son propre concept vaccinal. Les conflits d'intérêts existent aussi du côté dissident.

Aide-mémoire

Les trois régimes, en une ligne chacun

RégimeObjectifPreuveIssueExemples
Complot réelLimité et concret : prendre le pouvoir, réaliser un profit, étouffer un scandale.Établie par enquête ; échoue souvent partiellement.Finit révélé par la presse, la justice ou une commission.Catilina, Watergate, COINTELPRO, Doppelganger.
Théorie du complotTotal : expliquer le cours de l'Histoire par une intention unique.Jamais administrée ; toute preuve contraire est réinterprétée.Jamais démasquée — l'absence de preuve devient la preuve.Protocoles, alunissage, QAnon, Grand Reset.
Panique persécutriceCanaliser une angoisse collective sur un bouc émissaire.Aucune enquête ; aveux extorqués le cas échéant.Violence, souvent immédiate et massive.Chrétiens sous Néron, peste noire, procès de Moscou, maccarthysme.

Ces trois régimes ne sont pas exclusifs : le procès des Templiers combine un complot d'État réel (Philippe le Bel convoite les biens de l'ordre) et une fabrication d'accusations obtenues sous la torture. Une classification honnête accepte les cas mixtes plutôt que de forcer le tri.