Voter en Belgique

Comparatif · mis à jour le 12 août 2026

Les partis au banc d’essai

Ce que chaque parti défend, ce qu’il a obtenu ou refusé depuis 2024, et où il en est dans les enquêtes d’opinion. Sans adjectif inutile : un parti se juge à ses votes, à ses arbitrages en coalition et à ses arbitrages internes.

Le point de départ : le scrutin fédéral de 2024

Résultats officiels du 9 juin 2024 pour la Chambre des représentants. Les pourcentages sont nationaux, ce qui désavantage optiquement les partis présents dans une seule communauté linguistique.

Chambre des représentants — 9 juin 2024 (150 sièges)
ListeFamille % nationalSièges Écart 2019Position 2026
N-VANationaliste flamand, conservateur16,7124−1Majorité
Vlaams BelangExtrême droite flamande13,7720+2Opposition
MRLibéral francophone10,2620+6Majorité
PTB-PVDAGauche radicale, unitaire9,8615+3Opposition
VooruitSocial-démocrate flamand8,1113+4Majorité
PSSocial-démocrate francophone8,0416−4Opposition
CD&VDémocrate-chrétien flamand7,9811−1Majorité
Les EngagésCentre, humaniste social6,7714+9Majorité
Open VLD (devenu Anders)Libéral flamand5,457−5Opposition
GroenÉcologiste flamand4,656−2Opposition
EcoloÉcologiste francophone2,933−10Opposition
DéFICentre, fédéraliste francophone1,201−1Opposition

Bulletins blancs et nuls : 5,69 % des suffrages exprimés — davantage que quatre listes représentées à la Chambre. Source : Chambre des représentants.

Où en sont les intentions de vote

Deux grandes enquêtes rythment l’année belge. Elles ne disent pas tout à fait la même chose, et c’est instructif.

Grand Baromètre — Ipsos, juin 2026

En ligne du 1er au 9 juin 2026, 2 605 répondants (1 002 en Wallonie, 1 001 en Flandre, 602 à Bruxelles).

  • Flandre — Vlaams Belang 26,6 % devant la N-VA 22,3 %.
  • Wallonie — PS 29 %, MR 20,1 %, Les Engagés au même niveau, PTB 16,8 %, Ecolo 8,1 %.
  • Bruxelles — PTB 24,8 % (26,3 % avec le PVDA), PS 18,3 %, MR 13,9 %.

Enquête nationale — RTBF, VRT, De Standaard, mai 2026

Réalisée par l’Université d’Anvers et l’ULB, avec intervalles de confiance publiés.

  • Flandre — N-VA 27,7 % en tête, Vlaams Belang 20,8 %, Vooruit 12,9 %, CD&V 12,2 %, Groen 7,3 %.
  • Wallonie — MR sanctionné à 20 %, derrière le PS.
  • Bruxelles — PTB premier parti, MR le plus sanctionné.
Lire un sondage sans se faire piéger

À quinze jours d’intervalle, ces deux enquêtes placent en tête de la Flandre deux partis différents. Ce n’est pas un scandale : ce sont des méthodes, des questions et des redressements différents, avec des marges d’erreur qui se recouvrent. Trois réflexes utiles : regardez la tendance sur plusieurs vagues plutôt que le chiffre du jour ; vérifiez la date de terrain, pas la date de publication ; méfiez-vous des écarts inférieurs à trois points, qui ne sont généralement pas significatifs. Et rappelez-vous que les sièges ne se répartissent pas par région mais par circonscription.

Fiches par parti

Chaque fiche donne la ligne défendue, ce qui a été obtenu ou refusé depuis 2024, et le point de tension interne. Les positions détaillées sur huit axes se trouvent dans la boussole.

Collège francophone

PS — social-démocrate, opposition

Ligne. Fiscalité plus progressive, imposition des grands patrimoines et des plus-values, défense de l’indexation automatique, refus de la limitation du chômage dans le temps, services publics et sécurité sociale comme socle.

Depuis 2024. Sorti du gouvernement fédéral après vingt ans de présence quasi continue, il redevient le principal opposant à l’Arizona et remonte nettement dans les enquêtes wallonnes.

Tension. Concurrence directe du PTB sur son électorat populaire, et passif de scandales de gouvernance locale que ses adversaires réactivent régulièrement.

MR — libéral, majorité fédérale et régionale

Ligne. Aucune nouvelle imposition du capital, réduction de la dépense publique, activation stricte des demandeurs d’emploi, plafonnement de l’indexation pour les salaires élevés, nucléaire et innovation plutôt que contrainte réglementaire.

Depuis 2024. Vainqueur du scrutin francophone, il est au centre de tous les exécutifs — fédéral, wallon, Fédération Wallonie-Bruxelles, Région bruxelloise — ce qui le rend comptable de l’ensemble des décisions.

Tension. Recul marqué et continu dans les sondages depuis 2025, ce qui réduit fortement son intérêt à un scrutin anticipé. Son président, Georges-Louis Bouchez, conduit la ligne depuis l’extérieur du gouvernement fédéral.

Les Engagés — centre, majorité

Ligne. Économie de marché tempérée, maintien des filets sociaux, imposition des patrimoines élevés, écologie sans décroissance.

Depuis 2024. Triplement de sa représentation fédérale, entrée dans tous les exécutifs, rôle de caution sociale d’une coalition orientée à droite.

Tension. Le grand écart entre la revendication d’une contribution des hauts patrimoines et la solidarité gouvernementale avec un MR qui la refuse.

PTB — gauche radicale, opposition

Ligne. Taxe des millionnaires, salaire minimum et pensions relevés, gratuité étendue de services publics, opposition frontale aux mesures de l’Arizona ; hostilité à la fiscalité environnementale jugée régressive.

Depuis 2024. Progression continue, premier parti à Bruxelles dans plusieurs enquêtes de 2026, seul parti véritablement unitaire du pays avec sa branche néerlandophone PVDA.

Tension. N’a jamais gouverné : la question de sa participation, et des concessions qu’elle impliquerait, reste théorique et clivante en interne.

Ecolo — écologiste, opposition

Ligne. Réduction des émissions et rénovation du bâti comme priorité, fiscalité environnementale et sur le capital, mobilité et transports publics, accueil des demandeurs d’asile conforme aux décisions de justice.

Depuis 2024. Chute historique : dix sièges fédéraux perdus, démission de la co-présidence, reconstruction en cours.

Tension. Retrouver un électorat qui lui reproche son bilan gouvernemental sur les prix de l’énergie sans se faire absorber par le PS ou le PTB.

DéFI — centre fédéraliste, opposition

Ligne. Libéralisme social, défense du fait francophone à Bruxelles et en périphérie, laïcité, refus du confédéralisme, exigence d’éthique publique.

Depuis 2024. Réduit à un siège fédéral, le parti joue sa survie sur son ancrage bruxellois. Sa présidence est assurée par Sophie Rohonyi.

Tension. Un espace politique comprimé entre MR et Les Engagés.

Collège néerlandophone

N-VA — nationaliste flamand, majorité

Ligne. Assainissement budgétaire rapide, activation stricte, fermeté migratoire, confédéralisme à terme, hausse de la TVA acceptée comme levier de recettes.

Depuis 2024. Première force du pays, elle dirige le gouvernement fédéral pour la première fois. Le Premier ministre atteint des niveaux de popularité inédits en Flandre, y compris hors de son électorat.

Tension. Elle doit apparaître comme bonne gestionnaire de l’État belge tout en gardant un horizon confédéral, et affronte un Vlaams Belang qui la talonne.

Vlaams Belang — extrême droite, opposition

Ligne. Fermeture migratoire, indépendance flamande, sécurité, protection sociale réservée aux nationaux, référendums contraignants.

Depuis 2024. Premier parti de Flandre dans plusieurs enquêtes de 2026, sans jamais avoir participé à un exécutif : les autres partis appliquent depuis 1989 un « cordon sanitaire » qui exclut toute coalition avec lui.

Tension. Convertir une force électorale en pouvoir réel reste impossible tant que le cordon tient — et le débat sur son maintien est lui-même devenu un enjeu de campagne.

Vooruit — social-démocrate flamand, majorité

Ligne. Contribution des hauts revenus et du capital, protection du pouvoir d’achat, mais acceptation de l’activation des demandeurs d’emploi.

Depuis 2024. Progression nette, entrée au gouvernement fédéral, rôle d’aile gauche de la coalition. Son président, Conner Rousseau, cultive une communication directe qui a provoqué plusieurs incidents diplomatiques.

Tension. Défendre les acquis sociaux tout en cosignant un programme d’économies de 23 milliards.

CD&V — démocrate-chrétien, majorité

Ligne. Équilibre budgétaire, soutien aux familles et aux indépendants, prudence sur les soins de santé, fermeté migratoire modérée.

Depuis 2024. Poursuite d’un déclin ancien, mais position charnière : sans lui, pas de majorité. Sa présidence est assurée par Sammy Mahdi.

Tension. Le parti a publiquement dénoncé des décisions prises en court-circuitant sa ministre de la Justice.

Groen — écologiste flamand, opposition

Ligne. Climat, qualité de l’air, mobilité, droits fondamentaux et accueil ; opposition frontale aux économies sociales.

Depuis 2024. Recul, mais moins brutal que celui d’Ecolo ; le parti stabilise autour de 7 % en Flandre.

Tension. Peser sans levier gouvernemental dans une Flandre dominée par deux droites.

PVDA — branche néerlandophone du PTB, opposition

Ligne. Identique à celle du PTB : le parti est unitaire, ce qui en fait une exception dans le paysage belge.

Depuis 2024. Croissance régulière en Flandre, autour de 10 % dans les enquêtes de 2026.

Tension. Concilier un discours de classe unitaire avec un système politique entièrement organisé par communauté linguistique.

Anders (ex-Open VLD) — libéral flamand, opposition

Ligne. Réduction de la fiscalité, flexibilité du marché du travail, entrepreneuriat, libertés individuelles.

Depuis 2024. Sanctionné après le gouvernement De Croo, passé de 12 à 7 sièges, il s’est rebaptisé et est dirigé depuis janvier 2026 par Frédéric De Gucht. Les enquêtes le placent près du seuil électoral de 5 %.

Tension. Exister à droite face à une N-VA hégémonique.

Deux précautions

Les présidences de parti changent fréquemment : vérifiez sur le site du parti concerné avant de citer un nom. Et rappelez-vous qu’en Belgique, on ne vote que pour les listes de son propre collège linguistique — sauf dans la circonscription de Bruxelles-Capitale, où les deux existent.

Sources

  1. Chambre des représentants, résultats officiels du 9 juin 2024, fiche 09.02 : lachambre.be.
  2. SPF Intérieur, brochure officielle des résultats 2024 : elections.fgov.be.
  3. Grand Baromètre Ipsos pour Le Soir, RTL-TVi, VTM et Het Laatste Nieuws, vagues de mars et juin 2026.
  4. Enquête nationale RTBF / VRT / De Standaard, Université d’Anvers et ULB, mai 2026 : rtbf.be.
  5. CRISP, Les résultats des élections du 9 juin 2024 et fiches partis : crisp.be.
  6. Programmes publiés par les partis sur leurs sites officiels.