Février 2025 — août 2026 · mis à jour le 12 août 2026
Bilan de la coalition Arizona
Dix-huit mois de gouvernement De Wever : ce qui a été voté, ce qui est entré en vigueur, ce qui a été annoncé puis reporté. Un bilan se juge sur des textes publiés au Moniteur, pas sur des intentions ni sur des indignations.
D’où vient cette majorité
Les élections du 9 juin 2024 confirment la N-VA comme première force du pays, portent le MR à un niveau historique côté francophone, font progresser Les Engagés et Vooruit, et sanctionnent lourdement Ecolo, Groen, l’Open VLD et le CD&V. Bart De Wever est désigné informateur trois jours après le scrutin, puis formateur en juillet.
L’accord de coalition — 206 pages — est conclu le 31 janvier 2025. Le gouvernement prête serment le 3 février, après 239 jours de négociations. Cinq partis, 81 sièges sur 150 : N-VA, MR, CD&V, Vooruit, Les Engagés. C’est le premier gouvernement fédéral belge dirigé par un nationaliste flamand.
Ce qui est entré en vigueur
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Accord de gouvernement
23 milliards d’euros d’efforts programmés, dont environ 18 milliards d’économies et 2,4 milliards de recettes nouvelles.
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Défense portée à 2 % du PIB
L’engagement OTAN est atteint avec plusieurs années d’avance sur le calendrier antérieur, au prix d’arbitrages contestés en interne sur les enveloppes sociales et la coopération au développement.
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Limitation des allocations de chômage à 24 mois
La mesure emblématique de l’accord entre en application. Environ 25 000 personnes sont concernées à Bruxelles dès janvier 2026, et quelque 43 000 exclusions supplémentaires interviennent en juillet 2026. Le transfert de charge vers les CPAS est le point le plus discuté, y compris au sein de la majorité.
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Réforme des pensions
Publication au Moniteur du dispositif de bonus-malus et d’un seuil minimal de jours effectivement prestés par année de carrière. Effet principal : allonger les carrières complètes et pénaliser les carrières interrompues, dont celles des femmes.
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Paquet de fin de session
Annualisation du temps de travail, position belge sur Israël, loi football, crédit familial : une série de dossiers réglés avant la trêve, précisément parce que le dossier budgétaire, lui, ne l’était pas.
L’accord de 2025 a introduit une contribution sur les plus-values au taux de 10 %, présentée comme une « contribution de solidarité ». C’est la principale concession du bloc libéral, et elle est régulièrement rouverte : la gauche de la coalition la juge trop étroite, le MR refuse tout élargissement.
Ce qui reste en suspens
- La trajectoire budgétaire 2026-2029. Reportée à l’automne 2026. C’est le dossier qui commande tous les autres — détail ici.
- La réforme fiscale. Annoncée, mais son financement dépend du volet recettes non tranché.
- L’indexation. Le plafonnement de l’index pour les salaires élevés revient à chaque conclave et repart à chaque fois.
- La réforme de l’État. Réclamée publiquement par le Premier ministre après la crise bruxelloise, mais sans véhicule parlementaire à ce stade.
Ce qui a été contesté, et par qui
Un bilan complet inclut les objections documentées, sans les confondre avec un jugement politique.
- Mobilisations sociales. Grèves nationales et manifestations de grande ampleur dès février 2025, reconduites en 2026 par les organisations syndicales, principalement sur le chômage, les pensions et l’index.
- Cour des comptes. Réserves méthodologiques sur les recettes attendues de la lutte contre la fraude et de la réactivation des malades de longue durée — voir la page budget.
- Secteur de la santé et associations. Analyses critiques du volet « malades de longue durée », dénonçant un déplacement de la charge du contrôle vers les médecins-conseils et les patients.
- Ligue des droits humains. Rapport annuel 2025 décrivant un affaiblissement des contre-pouvoirs — développé dans État de droit et contre-pouvoirs.
Le fonctionnement interne, en trois épisodes
Ces incidents ne sont pas anecdotiques : ils renseignent sur la manière dont les décisions se prennent, et sur qui est informé.
- Février 2026. Une vidéo du président de Vooruit comparant le président américain à Hitler provoque une protestation diplomatique et une critique publique du président du MR.
- Mars 2026. L’annonce conjointe par les ministres de la Défense et de l’Intérieur d’un déploiement militaire pour protéger des institutions juives est rendue publique avant que la ministre de la Justice, compétente, n’en soit informée. Le président du CD&V qualifie le procédé d’humiliant.
- Mars 2026. Une déclaration du Premier ministre sur la nécessité de « normaliser » les relations avec la Russie pour retrouver une énergie bon marché déclenche une riposte interne et un rétropédalage.
Les arbitrages réels se prennent au kern, le comité ministériel restreint, qui n’est mentionné dans aucun article de la Constitution. Sous cette législature, il ne compte aucune femme, alors que le gouvernement en compte quatre sur quinze — une ministre a publiquement demandé l’instauration de quotas. Ce que cela dit du circuit de décision est détaillé dans Particratie et mandat libre.
Comment juger ce bilan sans se raconter d’histoires
Quatre questions, applicables à n’importe quel gouvernement, et qui évitent le commentaire de commentaire :
- La mesure est-elle publiée au Moniteur belge, ou seulement annoncée ?
- Sa date d’entrée en vigueur tombe-t-elle avant ou après les prochaines élections ?
- Le coût de mise en œuvre est-il financé dans le même texte ?
- Existe-t-il une évaluation indépendante — Cour des comptes, Bureau du plan, INAMI — et que dit-elle ?
Sources
- Accord de coalition fédérale 2025-2029 : belgium.be.
- Caroline Sägesser, La formation du gouvernement De Wever, Courrier hebdomadaire du CRISP, n° 2637-2638, 2025.
- Moniteur belge, textes de la réforme des pensions et de la limitation des allocations de chômage : ejustice.just.fgov.be.
- Cour des comptes, rapports budgétaires 2026.
- VRT NWS, L’Avenir et Paris Match Belgique, 18-20 juillet 2026, sur le paquet de fin de session.
- Ligue des droits humains, rapport annuel 2025 : liguedh.be.