Trajet de réintégration : 72% finissent en licenciement
Les données officielles révèlent que les trajets de réintégration aboutissent majoritairement à un licenciement, pas à un retour au travail.
Le chiffre qui dérange
Selon la Fédération des maisons médicales, en 2017 :
72% des décisions de trajets de réintégration se sont soldées par un licenciement pour force majeure médicale (“C4 médical”).
Autrement dit : le trajet de réintégration est plus souvent une procédure de licenciement déguisée qu’un outil de retour au travail.
Comment fonctionne le trajet de réintégration
Qui peut le demander ?
| Demandeur | Quand |
|---|---|
| Le travailleur | À tout moment pendant l’incapacité |
| L’employeur | Après 4 mois d’incapacité (ou immédiatement si incapacité définitive) |
| Le médecin-conseil | À tout moment |
Les étapes
- Demande de trajet de réintégration
- Évaluation par le médecin du travail
- Décision : apte, apte avec limitations, inapte temporairement, inapte définitivement
- Si inapte définitivement : possibilité de “C4 médical” (licenciement pour force majeure médicale)
Pourquoi tant de licenciements ?
65% des trajets arrêtés pour raison médicale
La FGTB relève un fait crucial :
65% des trajets de réintégration demandés par l’employeur sont arrêtés pour raisons médicales.
Cela suggère que les trajets sont souvent initiés trop tôt, quand la personne n’est pas prête médicalement.
L’incitation perverse
Pour l’employeur, lancer un trajet de réintégration peut être un moyen de :
- Constater officiellement l’inaptitude
- Obtenir un “C4 médical” permettant de licencier sans indemnité de préavis classique
- Se séparer d’un travailleur en longue maladie
Le trajet de réintégration peut être détourné en outil de licenciement.
Le témoignage de Solidaris
François Perl, directeur de Solidaris, qualifie le parcours de réintégration de :
“Une machine à licencier”
Les données officielles
Quelques chiffres positifs
En 2023 :
- 96.520 personnes ont obtenu une autorisation de reprise partielle du travail (contre 43.383 en 2017)
- Le baromètre ReAT indique que 46,85% des reprises partielles aboutissent à une reprise complète
Les chiffres qui inquiètent
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Trajets aboutissant à un licenciement (2017) | 72% |
| Trajets arrêtés pour raisons médicales | 65% |
| Probabilité de retour chez même employeur après 3-6 mois | ÷2 |
| Médecins-conseils pour 500.000+ malades | 318 |
Le manque de moyens
318 médecins-conseils pour 500.000+ malades
Les mutuelles disposent de seulement 318 médecins-conseils pour suivre plus de 500.000 malades de longue durée.
Calcul simple : 1 médecin-conseil pour 1.572 malades.
Solidaris demande d’en recruter 1.000 pour un accompagnement réellement personnalisé.
Des convocations de masse
Avec si peu de médecins-conseils, les convocations sont souvent :
- Standardisées plutôt que personnalisées
- Brèves (quelques minutes par patient)
- Focalisées sur le contrôle plutôt que l’accompagnement
L’impact de l’absence sur le retour au travail
Une absence de 3 à 6 mois réduit de moitié la probabilité de retour au travail chez le même employeur.
Plus l’absence se prolonge :
- Plus le poste peut être “comblé” par quelqu’un d’autre
- Plus la relation employeur-employé se distend
- Plus la confiance mutuelle s’érode
- Plus les compétences peuvent sembler “obsolètes”
Ce que demandent les acteurs de terrain
Les mutuelles
- Plus de médecins-conseils pour un accompagnement humain
- Temps suffisant pour chaque patient
- Focus sur l’accompagnement plutôt que le contrôle
Les syndicats
- Trajet volontaire pour le travailleur
- Protection contre le licenciement pendant le trajet
- Adaptation du poste obligatoire avant toute conclusion d’inaptitude
Fediplus (fédération seniors)
“Confier l’évaluation à des experts indépendants, formés à la prise en charge des maladies chroniques”
“Pousser des travailleurs âgés malades à reprendre trop tôt entraîne des rechutes et des parcours de soins plus lourds.”
Vos droits dans le trajet de réintégration
Vous pouvez refuser un trajet inadapté
Si le trajet proposé ne correspond pas à votre état de santé, vous pouvez le contester avec un certificat de votre médecin traitant.
Vous pouvez être accompagné
Lors des évaluations avec le médecin du travail, vous pouvez être accompagné d’un représentant syndical ou d’une personne de confiance.
Vous pouvez demander des aménagements
Avant toute conclusion d’inaptitude, l’employeur doit examiner les possibilités d’aménagement de poste ou de reclassement.
Vous pouvez contester le licenciement
Un “C4 médical” peut être contesté devant le tribunal du travail si :
- La procédure n’a pas été respectée
- Les possibilités d’aménagement n’ont pas été explorées
- Votre inaptitude est contestable
Pour aller plus loin
- Dossier complet : malades de longue durée en Belgique
- Convocation médecin-conseil : vos droits
- Sanctions : de 2,5% à 10%
Sources : Fédération des maisons médicales, FGTB, Solidaris, INAMI Baromètre ReAT, Fediplus