Modèle néerlandais vs belge : la vérité sur les chiffres

Le gouvernement Arizona cite souvent les Pays-Bas comme exemple. Que disent vraiment les données ?


Tableau comparatif des deux systèmes

Critère Belgique Pays-Bas
Durée paiement employeur 1 mois 2 ans
Responsabilité principale Sécurité sociale Employeur
Sanction malade (2026) 10% indemnités Variable
Contrôle médical Médecin-conseil mutuelle Médecin d’entreprise
Chute demandes invalidité Non mesurée -35% après réforme
Invalides partiels sans emploi Non mesuré 50%

Ce que le modèle néerlandais fait différemment

Responsabilisation de l’employeur, pas du malade

Aux Pays-Bas, l’employeur doit :

  • Payer le salaire pendant 2 ans d’incapacité (contre 1 mois en Belgique)
  • Proposer un plan de réintégration
  • Adapter le poste de travail si possible
  • Subir des pénalités financières en cas de non-effort

La philosophie néerlandaise : c’est l’employeur qui doit prouver qu’il a tout fait pour réintégrer son travailleur.

Résultats mesurés

Selon Pierre Koning, professeur à l’Université d’Amsterdam :

“Les demandes d’invalidité ont chuté de 35% du jour au lendemain après la réforme.”

Mais cette baisse s’explique par le transfert de responsabilité vers les employeurs, pas par des sanctions sur les malades.

Les limites du modèle néerlandais

50% des invalides partiels sans emploi

Malgré la réforme, la moitié des personnes reconnues en invalidité partielle aux Pays-Bas restent sans emploi.

Difficultés accrues pour les personnes handicapées

Les études montrent que les personnes handicapées rencontrent “plus de difficultés à trouver du travail” suite aux réformes. La pression sur les employeurs a créé une réticence à embaucher des profils “à risque”.

Un système coûteux pour les employeurs

Le coût de 2 ans de salaire garanti pousse certaines entreprises à :

  • Préférer les CDD aux CDI
  • Éviter d’embaucher des profils avec antécédents de santé
  • Licencier avant la fin de la période d’essai en cas de doute

Pourquoi la comparaison est trompeuse

Des définitions différentes

“Aucune statistique européenne harmonisée ne permet une telle comparaison” et “les définitions d’invalidité varient entre pays, rendant les comparaisons fragiles, voire trompeuses.” — La Libre

Ce qui est compté comme “invalidité” en Belgique ne l’est pas forcément aux Pays-Bas, et vice versa.

Des contextes économiques différents

Indicateur Belgique Pays-Bas
Taux de chômage (2024) ~5,5% ~3,5%
Taux d’emploi ~72% ~82%
Flexibilité marché travail Moyenne Élevée

Un marché du travail plus dynamique facilite la réintégration, indépendamment des réformes de l’invalidité.

Des cultures différentes

Le “polder model” néerlandais repose sur une tradition de concertation et de compromis entre employeurs, syndicats et État. Ce contexte institutionnel n’existe pas à l’identique en Belgique.

Ce que la Belgique pourrait retenir

Ce qui fonctionne aux Pays-Bas

  1. Responsabiliser les employeurs plutôt que les malades
  2. Investir dans la prévention en entreprise
  3. Adapter les postes plutôt que forcer le retour au même poste
  4. Accompagner plutôt que sanctionner

Ce que la Belgique fait différemment

Mesure belge (2026) Équivalent néerlandais
Sanction 10% sur le malade Pénalité financière sur l’employeur
Certificat 3 mois max Plan de réintégration obligatoire
Suspension si absence Dialogue employeur-médecin-travailleur

La Belgique a choisi de sanctionner les malades. Les Pays-Bas ont choisi de responsabiliser les employeurs. Les résultats ne sont pas comparables.

Données OCDE : un écart persistant

Le rapport OCDE “Disability, Work and Inclusion” (2022) constate que partout en Europe :

  • Le taux d’emploi des personnes handicapées reste inférieur de 27 points de pourcentage à celui des personnes sans handicap
  • Cet écart est “constant sur la dernière décennie malgré les réformes”

Autrement dit : les réformes de l’invalidité, qu’elles soient néerlandaises ou autres, n’ont pas résolu le problème de fond.


Pour aller plus loin


Sources : Pierre Koning (Université d’Amsterdam), OCDE “Disability, Work and Inclusion” (2022), La Libre, INAMI