Témoignages malades longue durée : “Traitée comme une fraudeuse”
Derrière les 549.996 personnes en invalidité en Belgique, il y a des histoires, des souffrances, des luttes quotidiennes. Voici quelques témoignages recueillis sur ce que signifie être malade de longue durée aujourd’hui.
Note : Ces témoignages sont issus de sources publiques (presse, associations de patients). Les prénoms ont parfois été modifiés pour protéger l’anonymat.
“Elle m’a dit que son job était de me remettre au travail”
“J’ai été réellement choquée par les propos du médecin de la mutuelle. En sortant de son bureau, je me suis demandée si je venais de voir un médecin ou un représentant d’Actiris ! Elle m’a dit que son job était de me remettre au travail ! Aucune écoute ni empathie. Quand je suis sortie, je pense que je devais aller encore plus mal face à ce type de pression.”
Contexte : Cette femme souffre de dépression majeure. Elle témoigne de sa convocation chez le médecin-conseil de sa mutuelle.
Ce que ça révèle : La confusion des rôles entre accompagnement médical et pression au retour au travail. Le médecin-conseil est perçu non comme un soignant mais comme un contrôleur.
“Générer du stress ne peut qu’aggraver la santé”
“Générer du stress à l’aide d’un processus infantilisant et à caractère obligatoire ne peut qu’aggraver la santé des personnes concernées.”
Source : Solidaris (mutuelle socialiste)
Ce que ça révèle : Même les mutuelles, chargées d’appliquer les contrôles, reconnaissent leur caractère contre-productif pour les personnes souffrant de troubles psychologiques.
“On nous demande de convoquer des gens qui n’en ont pas besoin”
“On nous impose de plus en plus de contraintes pas toujours en phase avec la réalité du terrain. On nous demande d’appeler en convocation des gens qui n’ont pas nécessairement besoin d’être vus à ce moment-là.”
Source : Anne Vergison, médecin-conseil chez Solidaris
Ce que ça révèle : Les médecins-conseils eux-mêmes subissent des pressions et sont contraints d’appliquer des procédures qu’ils jugent inadaptées.
“Une machine à licencier”
“Le parcours de réintégration est une machine à licencier.”
Source : François Perl, directeur de Solidaris
Ce que ça révèle : Le trajet de réintégration, censé aider les malades à reprendre le travail, aboutit dans 72% des cas à un licenciement pour force majeure médicale.
“On cible les malades, pas ce qui les rend malades”
“On cible les malades, pas ce qui les rend malades.”
Source : Communiqué de presse Solidaris Wallonie
Ce que ça révèle : La politique actuelle s’attaque aux symptômes (le nombre de malades) plutôt qu’aux causes (les conditions de travail, le stress, la précarité).
“Un vrai risque de responsabiliser uniquement le patient”
“Il y a un vrai risque de responsabiliser uniquement le patient alors que le patient est dans une situation où il entre en incapacité de travail parce qu’il est en situation de maladie.”
Source : Élise Derroitte, vice-présidente de la Mutualité chrétienne
Ce que ça révèle : Le renversement de la charge : c’est le malade qui doit prouver qu’il mérite ses indemnités, pas le système qui doit prouver qu’il l’accompagne correctement.
“Dans quel pays vit-on ?”
“On ouvre la porte à une forme de chasse aux sorcières. Dans quel pays vit-on ? On ne peut pas dresser les patients contre les médecins.”
Source : Dr Paul De Munck, GBO/Cartel (syndicat de médecins)
Ce que ça révèle : La fracture qui se crée entre patients et système de soins. Les médecins traitants voient leurs patients revenir traumatisés des contrôles.
“Ils tuent ce qui fait le socle de notre société”
“Ils sont en train de tuer tout ce qui fait le socle de notre société ! Quand ils sont vieux, les travailleurs ont besoin de leurs pensions. Quand ils sont malades, de l’assurance maladie. Or l’Arizona s’attaque justement à tout cela.”
Source : Mathieu Verhaegen, FGTB
Ce que ça révèle : La perception que les réformes s’attaquent aux fondements de la protection sociale belge, pas seulement aux “abus”.
Les chiffres derrière les témoignages
Ces témoignages ne sont pas des cas isolés. Les statistiques confirment une souffrance systémique :
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Invalides souffrant de troubles psychosociaux | 36,9% |
| Part burn-out/dépression parmi ces troubles | 66,4% |
| Femmes parmi les cas de burn-out | 69% |
| Augmentation troubles mentaux en 5 ans | +44% |
| Suspensions d’indemnités en 2024 | 112 |
Ce que vivent les malades au quotidien
L’angoisse du courrier
Chaque lettre de la mutuelle peut signifier :
- Une convocation
- Une demande de documents
- Une menace de sanction
- Une fin d’indemnités
Pour une personne dépressive, ouvrir son courrier devient une épreuve.
L’humiliation des contrôles
Devoir prouver qu’on est vraiment malade, se justifier, montrer qu’on souffre “assez” pour mériter ses indemnités. Une inversion de la présomption de bonne foi.
L’isolement social
La maladie longue durée isole :
- Perte des collègues
- Difficulté à sortir (pour certaines pathologies)
- Honte de “ne rien faire”
- Incompréhension de l’entourage
La précarité financière
Même avec des indemnités, le niveau de vie baisse :
- Indemnités inférieures au salaire
- Frais médicaux qui augmentent
- Sanctions possibles (-10% depuis 2026)
Ce que demandent les malades
- Être crus : Ne pas devoir prouver constamment sa maladie
- Être accompagnés : Un médecin, pas un contrôleur
- Être respectés : Dignité dans les convocations et échanges
- Être protégés : Pas de sanctions qui aggravent la précarité
- Être soignés : Priorité à la guérison, pas au retour au travail à tout prix
Articles connexes :
- Dossier complet : malades de longue durée en Belgique
- Burn-out Belgique : +44% en 5 ans
- Convocation médecin-conseil : vos droits
Sources : Témoignages publics, RTBF, Solidaris, Mutualité chrétienne, GBO/Cartel, FGTB