Le Work Capability Assessment (WCA) britannique, introduit en 2008, était censé remettre les malades au travail. Les études scientifiques ont documenté un bilan désastreux : 590 suicides supplémentaires, 279.000 cas de troubles mentaux additionnels. Un avertissement que la Belgique devrait entendre.

Qu’est-ce que le Work Capability Assessment ?

Le WCA est un système d’évaluation britannique qui détermine si une personne est :

  • Apte au travail (fin des allocations)
  • Apte au travail avec limitations (obligations de recherche d’emploi)
  • Inapte au travail (maintien des allocations)

L’évaluation est réalisée par des assesseurs (pas toujours médecins) selon un questionnaire standardisé portant sur les capacités physiques et mentales.

Objectif affiché

Réduire le nombre de bénéficiaires d’allocations d’invalidité et les “remettre au travail”.

Méthode utilisée

  • Questionnaire standardisé
  • Évaluation courte (souvent 30-45 minutes)
  • Critères rigides peu adaptés aux maladies mentales
  • Possibilité de contestation, mais procédure longue et stressante

Les résultats documentés par la recherche

L’étude du Journal of Epidemiology and Community Health

Une étude publiée dans le Journal of Epidemiology and Community Health a analysé les effets du WCA sur la période 2010-2013. Résultats :

Impact mesuré Chiffre
Suicides supplémentaires ~590
Cas de problèmes de santé mentale 279.000
Prescriptions d’antidépresseurs additionnelles 725.000

Ces chiffres sont attribuables au processus d’évaluation lui-même, pas à d’autres facteurs.

Un système jugé “intrinsèquement nuisible”

Les chercheurs concluent que le WCA est :

“Intrinsèquement nuisible et inefficace”

Le système génère un stress tel qu’il aggrave l’état de santé des personnes qu’il est censé aider.

Pourquoi le WCA cause des suicides

1. Le stress de l’évaluation

Les personnes malades décrivent des convocations anxiogènes :

  • Peur de perdre leurs revenus
  • Sentiment d’être traitées comme des fraudeuses
  • Évaluation perçue comme humiliante

Pour des personnes déjà fragiles psychologiquement, ce stress peut être fatal.

2. Les décisions inadaptées

Le système produit de nombreuses décisions erronées :

  • Personnes gravement malades déclarées “aptes au travail”
  • Maladies mentales sous-évaluées
  • Maladies invisibles (fibromyalgie, fatigue chronique) ignorées

3. La procédure de contestation

Contester une décision implique :

  • Des mois d’attente
  • La collecte de preuves médicales
  • Des audiences stressantes
  • L’incertitude sur ses revenus

Beaucoup abandonnent ou sombrent pendant cette période.

4. L’isolement social

La perte d’allocations entraîne :

  • Difficultés financières immédiates
  • Perte du logement
  • Rupture des liens sociaux
  • Aggravation de la maladie

Le WCA en voie d’abolition

Face à ce bilan, le gouvernement britannique a annoncé en 2023 un projet d’abolition du Work Capability Assessment.

Les raisons invoquées :

  • Système “intrinsèquement nuisible”
  • Coût des contestations (60% des décisions contestées sont renversées en appel)
  • Échec à atteindre l’objectif de remise au travail
  • Impact catastrophique sur la santé mentale

Le Royaume-Uni abandonne un système que la Belgique semble vouloir imiter.

Les parallèles avec la Belgique

Ce qui ressemble au WCA belge

Caractéristique WCA (UK) Système belge (2026)
Convocations obligatoires
Sanctions financières ✓ (10% des indemnités)
Suspension si absence
Objectif chiffré de “retours” ✓ (100.000 d’ici 2029)
Pression sur les évaluateurs

Ce qui inquiète les professionnels belges

Dr Paul De Munck (GBO/Cartel) :

“On ouvre la porte à une forme de chasse aux sorcières. Dans quel pays vit-on ?”

Solidaris :

“Générer du stress à l’aide d’un processus infantilisant et à caractère obligatoire ne peut qu’aggraver la santé des personnes concernées.”

Ces alertes font écho aux critiques formulées contre le WCA avant que ses effets ne soient mesurés.

Les leçons à retenir

1. Les sanctions tuent

Ce n’est pas une figure de style. L’étude britannique démontre un lien causal entre le système de contrôle et les suicides.

2. Le stress aggrave la maladie

Pour les personnes souffrant de troubles mentaux (36,9% des invalides belges), le stress des convocations et des sanctions est contre-productif.

3. Les objectifs chiffrés créent des dérives

Quand on fixe un objectif de “100.000 retours au travail”, on crée une pression pour déclarer des gens aptes même s’ils ne le sont pas.

4. Les économies sont illusoires

Le WCA a coûté plus cher en contestations, en soins de santé mentale et en gestion des crises qu’il n’a rapporté en allocations économisées.

Ce que recommandent les experts

Le consensus scientifique international est clair :

  • Accompagnement volontaire plutôt que contrôle obligatoire
  • Prévention en entreprise plutôt que sanction des malades
  • Adaptation des postes plutôt que pression au retour
  • Écoute médicale plutôt qu’évaluation administrative

Le Conseil national du Travail belge a rendu un avis unanime en ce sens. Il n’a pas été suivi.


Articles connexes :

Sources : Journal of Epidemiology and Community Health, King’s College London, gouvernement britannique, Future Care Capital

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