137.454 personnes étaient en incapacité de travail pour troubles mentaux en 2023 en Belgique. Une augmentation de 44% en cinq ans. Le burn-out et la dépression sont devenus la première cause d’invalidité de longue durée.

Les chiffres clés du burn-out en Belgique

Indicateur Valeur Évolution
Personnes en incapacité pour troubles mentaux 137.454 +44% en 5 ans
Part des invalidités totales 36,9% Première cause
Coût annuel 2+ milliards € En hausse
Part burn-out/dépression parmi troubles psy 66,4% -
Femmes parmi les cas burn-out/dépression 69% -
Progression chez les -30 ans +21,6% En 2023

Qui est touché par le burn-out ?

Les femmes surreprésentées

69% des cas de burn-out et dépression touchent des femmes. Plusieurs facteurs expliquent cette surreprésentation :

  • Double journée (travail + charge domestique/familiale)
  • Secteurs féminisés particulièrement touchés (soins, enseignement, social)
  • Moindre reconnaissance des risques psychosociaux dans ces secteurs

Les jeunes de plus en plus concernés

La progression la plus forte concerne les moins de 30 ans : +21,6% en 2023. Une génération qui entre sur le marché du travail avec :

  • Des contrats précaires
  • Une pression à la performance
  • Des perspectives incertaines

Les ouvrières particulièrement exposées

Les ouvrières connaissent un taux d’incapacité de 19,6% contre 11,2% pour l’ensemble des salariés. Les conditions de travail physiquement et psychologiquement exigeantes expliquent cet écart.

Les causes structurelles ignorées

Répartition des pathologies en invalidité

Troubles mentaux :        ████████████████████ 36,9%
Troubles musculo-squel. : ███████████████      31,7%
Autres pathologies :      ███████████████      31,4%

Ces deux premières causes (68,6% du total) sont directement liées aux conditions de travail.

Ce que dit la Mutualité chrétienne

“La détérioration de la qualité du travail en Belgique” est pointée comme cause majeure de l’explosion des maladies de longue durée.

L’incohérence politique dénoncée par la FGTB

Le syndicat dénonce un paradoxe :

  • D’un côté : responsabilisation accrue des malades, sanctions renforcées
  • De l’autre :
    • Réduction des analyses de risques en entreprise
    • Suppression des régimes de métiers lourds
    • Flexibilisation du travail (travail de nuit, annualisation)

L’impact du relèvement de l’âge de pension

Le recul de l’âge de départ à la retraite a des conséquences directes :

Tranche d’âge Hausse des malades longue durée
60-64 ans +48,8%

Les travailleurs âgés, usés par des décennies de travail, ne peuvent plus tenir mais ne peuvent pas encore partir en pension.

Ce que révèlent les témoignages

Une malade de longue durée pour dépression témoigne :

“J’ai été réellement choquée par les propos du médecin de la mutuelle. Elle m’a dit que son job était de me remettre au travail ! Aucune écoute ni empathie. Quand je suis sortie, je pense que je devais aller encore plus mal.”

Le cercle vicieux identifié par Solidaris

“Générer du stress à l’aide d’un processus infantilisant et à caractère obligatoire ne peut qu’aggraver la santé des personnes concernées.”

Autrement dit : contrôler et sanctionner des personnes en burn-out… aggrave leur burn-out.

Les médecins-conseils aussi sous pression

Anne Vergison de Solidaris témoigne :

“On nous impose de plus en plus de contraintes pas toujours en phase avec la réalité du terrain. On nous demande d’appeler en convocation des gens qui n’ont pas nécessairement besoin d’être vus à ce moment-là.”

Les médecins-conseils font face à :

  • Des objectifs de productivité croissants
  • Des menaces verbales et physiques de patients désespérés
  • Un conflit entre leur éthique médicale et les injonctions administratives

Les recommandations ignorées

Ce que dit l’INAMI

L’INAMI elle-même recommande de “mieux connaître l’invalidité due aux troubles psychosociaux pour une meilleure prévention”.

Ce que demandent les experts

  • Prévention en entreprise plutôt que contrôle des malades
  • Reconnaissance du burn-out comme maladie professionnelle
  • Renforcement des services de santé mentale
  • Adaptation des postes de travail avant la maladie

Ce que fait le gouvernement

  • Quadruplement des sanctions
  • Limitation des certificats médicaux
  • Objectif de 100.000 retours au travail

Le consensus scientifique établit que les sanctions sont contre-productives pour les troubles de santé mentale. Le gouvernement fait le contraire.

Comparaison internationale : le Royaume-Uni comme avertissement

Le Work Capability Assessment britannique, qui évalue la capacité de travail des malades, a eu des effets documentés :

  • 590 suicides supplémentaires (2010-2013)
  • 279.000 cas de problèmes de santé mentale additionnels
  • 725.000 prescriptions d’antidépresseurs supplémentaires

Le système est jugé “intrinsèquement nuisible” et en voie d’abolition.

Que faire si vous êtes en burn-out ?

Reconnaître les signes

  • Épuisement physique et émotionnel persistant
  • Cynisme et détachement vis-à-vis du travail
  • Sentiment d’inefficacité et de perte de sens
  • Troubles du sommeil, de l’appétit
  • Difficultés de concentration

Se faire aider

  1. Consultez votre médecin traitant : premier interlocuteur pour un arrêt de travail
  2. Contactez un psychologue/psychiatre : prise en charge spécialisée
  3. Prévenez votre mutuelle : accès aux services d’accompagnement
  4. Informez-vous sur vos droits : syndicat, service social

Ressources


Articles connexes :

Sources : INAMI, Solidaris, Mutualité chrétienne, FGTB, Journal of Epidemiology and Community Health

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