00 — L'essentiel
Résumé exécutif
- L'accord de gouvernement du 31 janvier 2025 promettait de ramener le déficit sous les 3 % du PIB d'ici 2029, via un effort de 23 milliards d'euros. Dix-huit mois plus tard, le déficit s'est aggravé plutôt qu'amélioré.
- La Commission européenne plaçait déjà la Belgique en tête des déficits de la zone euro dans ses prévisions de novembre 2025 (5,3 % en 2025, jusqu'à 5,9 % en 2027).
- La Cour des comptes, la BNB et le Comité de monitoring convergent : les hypothèses de recettes du gouvernement sont jugées surestimées, et l'effort réel encore nécessaire est très supérieur aux annonces.
- Le 6 juillet 2026, le Comité de monitoring a chiffré à 7,7 milliards d'euros l'effort minimal restant à trouver d'ici 2029. Le gouvernement s'est engagé le 10 juillet sur 10 milliards, mesures encore à définir lors d'un conclave renvoyé à fin septembre 2026.
- L'écart entre l'estimation gouvernementale de l'effort nécessaire (3 à 4 milliards au printemps 2026) et celle de la BNB (11 à 14 milliards) atteint un facteur 3 à 4.
01 — Les chiffres qui comptent
L'état des lieux en une grille
Six indicateurs suffisent à situer la trajectoire budgétaire belge mi-2026, tous rattachés à leur source officielle.
-
5,3 %
Déficit public 2025, le plus élevé de la zone euro
Commission européenne, prévisions d'automne, 17 nov. 2025
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5,2 à 5,9 %
Déficit 2029 projeté à politique inchangée, contre un objectif officiel de 3 %
Comité de monitoring (juil. 2026) & Commission européenne
-
104,7 %
Dette publique en 2024, en trajectoire ascendante vers 110-120 % du PIB d'ici 2028-2030
Bureau fédéral du Plan, Banque nationale de Belgique
-
×3 à ×4
Écart entre l'effort estimé par le gouvernement (3-4 Md€) et par la BNB (11-14 Md€)
Bart De Wever (printemps 2026) vs Banque nationale de Belgique (juin 2026)
-
10 Md€
Effort budgétaire engagé le 10 juillet 2026 d'ici 2029, au-delà du minimum fixé (7,7 Md€)
Comité de monitoring, 6 juil. 2026 ; gouvernement fédéral, 10 juil. 2026
-
12 → 18-21 Md€
Charge annuelle des intérêts de la dette, de 2025-2026 à 2029-2030 selon les sources
Agence fédérale de la dette, Bureau fédéral du Plan
02 — Dix-huit mois de trajectoire
Chronologie du budget, de l'accord à aujourd'hui
Chaque étape a revu l'effort budgétaire à la hausse. Les points en attente (conclave, discours d'octobre) sont signalés en doré.
Accord de gouvernement Arizona après 236 jours de négociation : effort visé de 23 milliards d'euros d'ici 2029 pour ramener le déficit sous 3 % du PIB.
Prestation de serment du gouvernement De Wever (N-VA, MR, Vooruit, Les Engagés, CD&V).
Vote du budget 2025 « de transition » : déficit de l'entité 1 porté à 25,5 milliards d'euros (4 % du PIB), contre 17 milliards (2,8 %) en 2024.
« Grand accord de l'été » sur la mise en œuvre des réformes ; De Wever évoque un besoin d'assainissement structurel additionnel de 3 à 4 milliards d'euros par an.
Échec de l'échéance budgétaire fixée ; dérogation royale de 50 jours accordée au gouvernement.
La Commission européenne place la Belgique en tête des déficits de la zone euro : 5,3 % en 2025, jusqu'à 5,9 % en 2027.
Accord budgétaire pluriannuel : effort de 9,2 milliards d'euros d'ici 2029, réparti à 60 % en économies et 40 % en nouvelles recettes.
Entrée en vigueur de la taxe de 10 % sur les plus-values financières. Premières vagues d'exclusion du chômage vers le régime CPAS, engagées par étapes depuis l'été 2025.
La Cour des comptes adopte un rapport très critique sur le budget 2026, listant plusieurs erreurs de calcul chiffrées (présenté à la Chambre le 23 février).
Rapport annuel de la Banque nationale de Belgique : trajectoire jugée « insoutenable », un effort de 3 à 4 milliards jugé insuffisant.
Le Comité de monitoring chiffre à 4,9 milliards d'euros l'effort supplémentaire nécessaire d'ici 2029.
Premier ajustement du budget 2026 ; l'estimation de l'effort manquant grimpe à 6,7 milliards. La BNB avance de son côté une fourchette de 11 à 14 milliards.
Le Comité de monitoring fixe l'effort minimal à 7,7 milliards d'euros d'ici 2029 ; le déficit de l'entité 1 est réévalué à 3,9 % du PIB en 2026 et 5,2 % en 2029 à politique inchangée.
Le gouvernement s'engage sur un effort de 10 milliards d'euros d'ici 2029. Le ministre du Budget Vincent Van Peteghem prévient : « tout le monde le sentira ».
Conclave budgétaire décisif, chargé de traduire l'engagement de 10 milliards en mesures concrètes.
Discours de politique fédérale (2ᵉ mardi d'octobre) : échéance de présentation de la trajectoire à la Commission européenne.
03 — Ce que contient le budget
L'accord pluriannuel de novembre 2025 : 9,2 milliards d'euros
Réparti à 60 % en économies et 40 % en nouvelles recettes, cet accord reste, mi-2026, le socle légal du budget — avant les 10 milliards supplémentaires engagés en juillet 2026 et non encore détaillés.
| Mesure | Montant estimé | Horizon |
|---|---|---|
| Limitation des allocations de chômage à 24 mois | 902 M€ → 2 Md€ | 2026-2029 |
| Réinsertion des malades de longue durée | 1,9 Md€ | 2026-2029 |
| Gel partiel de l'enveloppe bien-être (5 ans) | 2,8 Md€ | 2025-2029 |
| Indexation plafonnée des salaires > 4 000 € et allocations > 2 000 € (« centim'index ») | ≈ 883 M€/an | 2026 et 2028 |
| Norme de croissance des soins de santé réduite à 2 % (besoin estimé 3,2 %) | 2 Md€ cumulés | 2026-2027 |
| Taxe de 10 % sur les plus-values financières et doublement de la taxe sur les comptes-titres | ≈ 1 Md€ | 2026-2029 |
| Relèvement du précompte VVPRbis (dividendes) | de 15 % à 18 % | 2026 |
Sur la seule année 2026, l'effort effectivement acté représentait environ 2,7 milliards d'euros :
| Poste | Montant |
|---|---|
| Maîtrise des dépenses de l'appareil d'État | 421 M€ |
| Réintégration des malades de longue durée | 202 M€ |
| Consommation et écofiscalité (accises, taxes environnementales) | 796 M€ |
| Contribution des hauts revenus (taxes sur les plus-values) | 1 292 M€ |
| Total de l'effort 2026 acté | ≈ 2 711 M€ |
04 — Les corrections
Ce que disent les organes de contrôle
Cinq institutions suivent la trajectoire budgétaire belge. Aucune ne valide l'hypothèse d'un déficit ramené sous 3 % du PIB en 2029.
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Cour des comptes
Contrôle des comptes publics
Juge les « effets retour » attendus par le gouvernement largement surestimés et relève plusieurs erreurs de calcul chiffrées dans le budget 2026 (détail en section 05).
effets retour comptés« à mettre à zéro par prudence »
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Banque nationale de Belgique
Banque centrale, gouverneur Pierre Wunsch
Qualifie la trajectoire d'« insoutenable » et chiffre l'effort réel nécessaire pour ramener le déficit à 4 % d'ici 2029 entre 11 et 14 milliards d'euros.
gouvernement : 3-4 Md€BNB : 11-14 Md€
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Bureau fédéral du Plan
Institut public de prévision économique
Prévoit une croissance modérée (≈ 1 %) et une dette publique qui continue de croître, avec un risque d'érosion progressive des marges de manœuvre budgétaires.
dette 2024 : 104,7 %trajectoire vers 118-120 % d'ici 2030
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Comité de monitoring
Groupe d'experts budgétaires interfédéral
A revu l'effort manquant à la hausse trois fois en 2026 : 4,9 milliards en mars, 6,7 milliards en mai-juin, 7,7 milliards le 6 juillet.
mars 2026 : 4,9 Md€juillet 2026 : 7,7 Md€
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Commission européenne
DG ECFIN, procédure de déficit excessif
La Belgique est sous procédure de déficit excessif depuis le 26 juillet 2024. Ses prévisions d'automne 2025 placent le déficit belge au premier rang de la zone euro.
objectif accord : 2027délai étendu à 2029
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Agences de notation
Fitch, S&P, Moody's
Fitch a dégradé la note belge de AA- à A+ le 13 juin 2025, citant directement les incertitudes budgétaires. S&P et Moody's maintiennent des perspectives négatives.
AA-A+ (Fitch, 13 juin 2025)
05 — Le détail qui compte
Le tableau des erreurs chiffrées par la Cour des comptes
Le rapport du 18 février 2026, qualifié de « rapport assassin » en commission des Finances, documente des écarts précis entre les recettes inscrites au budget et les recettes jugées réalistes.
| Poste budgétaire | Constat de la Cour des comptes |
|---|---|
| Accises sur le gaz naturel | Recettes surestimées de 195 M€ (rendement réel estimé à 170 M€ au lieu des 365 M€ inscrits) |
| TVA (culture, loisirs, plats à emporter) | L'abandon de certaines hausses prévues crée un manque à gagner de 475 M€ |
| Taxe sur les plus-values et comptes-titres | 500 M€ inscrits contre un rendement réel estimé plus proche de 120 M€ ; erreur de méthode relevée (brut/net) |
| Indexation partielle des salaires | Calendrier de dépassement de l'indice pivot non réactualisé, entraînant une surestimation du rendement 2026 |
| Lutte contre la fraude fiscale | 300 M€ (2026) et 600 M€ (2029) attendus sans méthodologie communiquée par le SPF Finances |
| Bascule chômage → CPAS | Coût réel pour les CPAS estimé à 709 M€ d'ici 2029, soit 360 M€ de plus que les moyens prévus par le gouvernement |
06 — Ce qui reste à trancher
Le conclave de septembre 2026
À venir
Le gouvernement s'est engagé le 10 juillet 2026 sur un effort de 10 milliards d'euros d'ici 2029, mais sans détailler les mesures concrètes. Ce travail est renvoyé à un conclave budgétaire prévu fin septembre 2026, avant le discours de politique fédérale du deuxième mardi d'octobre — échéance de présentation à la Commission européenne.
Les lignes de désaccord internes à la coalition restent, à ce stade, non tranchées budgétairement :
- —Le MR (Georges-Louis Bouchez) exclut toute nouvelle taxe pour le reste de la législature.
- —Vooruit (Conner Rousseau) porte l'idée d'une taxe sur les grands patrimoines (0,3 % au-delà d'un million d'euros), présentée comme pouvant rapporter environ un milliard par an.
- —Le CD&V (Vincent Van Peteghem) évoque un effort de l'ordre de 7 milliards reposant sur des mesures de long terme plutôt que sur les 10 milliards annoncés.
Un précédent récent illustre le risque d'échec technique : la réforme des taux de TVA, prévue pour le 1ᵉʳ mars 2026, a été annulée après un avis très critique du Conseil d'État sur ses distinctions jugées arbitraires — creusant un manque à gagner estimé à un demi-milliard d'euros dans le budget déjà voté.
07 — Regarder plus loin
Au-delà de 2029 : des extrapolations, pas des prévisions officielles
Aucune institution ne publie de prévision officielle au-delà de l'horizon 2029-2031. Le tableau ci-dessous prolonge les tendances actuelles (vieillissement, taux d'intérêt, impact climatique) à titre indicatif ; il ne remplace pas des données chiffrées par le Bureau du Plan ou la BNB pour ces échéances.
| Indicateur | 2024 | 2029 | 2035* | 2042* |
|---|---|---|---|---|
| Déficit (% du PIB) | 4,4 % | 5,2-6,2 % | ~6-7 % | ~7-8 % |
| Dette (% du PIB) | 104 % | 119 % | 130-140 % | 145-165 % |
| Charge d'intérêts annuelle | ≈10 Md€ | 18-19 Md€ | 25-30 Md€ | 35-45 Md€ |
| Dépenses sociales (% du PIB) | 25,8 % | ~26,5 % | ~28 % | ~29,2 % |
| Impact climatique sur le PIB | ~0,5 % | ~1 % | ~2 % | ~3-4 % |
* Chiffres au-delà de 2030 : extrapolations à partir des trajectoires du Bureau fédéral du Plan (2025-2030), du Comité d'étude sur le vieillissement (2024) et de l'étude conjointe Bureau du Plan / Centre d'expertise sur le risque climatique sur l'impact budgétaire du changement climatique — pas des prévisions officielles.
08 — Questions fréquentes
Ce que les gens demandent
Qu'est-ce que la coalition Arizona ?
Le gouvernement fédéral belge formé le 3 février 2025 sous la direction du Premier ministre Bart De Wever (N-VA), après 236 jours de négociations. Elle réunit cinq partis, N-VA, MR, Vooruit, Les Engagés et CD&V, dont les couleurs politiques évoquent le drapeau de l'État américain de l'Arizona, d'où son surnom.
Le déficit belge va-t-il repasser sous les 3 % du PIB en 2029 comme promis ?
Non, selon l'ensemble des projections officielles disponibles à ce jour. La Cour des comptes, la BNB, le Bureau fédéral du Plan et le Comité de monitoring situent tous le déficit 2029 entre 5 % et 5,7 % du PIB à politique inchangée.
Quel est le montant réel de l'effort budgétaire encore nécessaire ?
Les estimations varient fortement : 3 à 4 milliards d'euros selon le gouvernement au printemps 2026, 11 à 14 milliards selon la BNB, un minimum de 7,7 milliards selon le Comité de monitoring (6 juillet 2026). Le gouvernement s'est finalement engagé sur 10 milliards d'ici 2029, le 10 juillet 2026.
Qu'est-ce que l'« effet boule de neige » de la dette publique ?
Le phénomène par lequel la dette s'auto-alimente lorsque le taux d'intérêt moyen dépasse durablement la croissance nominale de l'économie. L'Agence fédérale de la dette a averti que ce risque pourrait se matérialiser autour de 2031.
Que doit-il se passer en septembre 2026 ?
Un conclave budgétaire décisif doit traduire en mesures concrètes l'engagement d'un effort de 10 milliards d'euros, avant le discours de politique fédérale d'octobre et la présentation de la trajectoire à la Commission européenne.
Où trouver les chiffres officiels sur le budget belge ?
Cour des comptes, Banque nationale de Belgique, Bureau fédéral du Plan, Comité de monitoring (SPF BOSA) et Commission européenne (DG ECFIN) — voir la section Sources ci-dessous.
09 — Vérifier par vous-même
Sources et méthodologie
Ce dossier synthétise des rapports institutionnels, un texte légal et des articles de presse spécialisée. Il sera mis à jour après le conclave de septembre 2026.
Institutions officielles
- Cour des comptes de Belgique — audit des comptes publics et des projets de budget
- Banque nationale de Belgique — rapport annuel et projections économiques
- Bureau fédéral du Plan — perspectives économiques 2025-2030
- SPF Stratégie et Appui (BOSA) — secrétariat du Comité de monitoring
- Commission européenne, DG ECFIN — procédure de déficit excessif, prévisions économiques
- Accord de gouvernement fédéral 2025-2029 — texte officiel intégral (PDF)
- Service fédéral des Pensions — détail de la réforme des pensions 2025-2029
Presse et analyses
- The Brussels Times — sur le rapport de la Cour des comptes, février 2026
- Business AM — doutes de la Cour des comptes sur le remboursement du budget fédéral
- Belga News Agency — report du discours de politique fédérale
- UCM — TVA, indexation des salaires et budget Arizona à la loupe
- Wikipédia — fiche du gouvernement De Wever